Assemblées Populaires : une alternative au "spectacle"
le 06 Avril 2006,
{ Pour commencer }
Il nous semblait impensable qu’en mars 2006, à l’aube du 21ème siècle, puisse se tenir une Assemblée Populaire au centre de Bordeaux, dans l’optique de construire, par notre multitude, une Université Populaire.
Impensable, car il faut être conscient que nous sommes dans une période qui s’inscrit et orientera peut-être l’Histoire, qui sait…
Impensable parce que le cours de l’Histoire n’est pas fini comme on a tant essayer de nous l’inculquer depuis plusieurs décennies.
Aussi et peut-être enfin, il nous semblait vital de mieux comprendre les enjeux des jours que nous vivons. Il faudrait repartir sur notre passé pour réinventer notre futur dans l’instant ; en élaborant des formes d’organisation à coté et contre le système,… contre l’Empire, contre le Spectacle, contre le Désert…
Rien ne manque au triomphe de la civilisation.
Ni la terreur politique, ni la misère affective.
Ni la stérilité universelle.
Le désert ne peut plus croître : il est partout.
Mais il peut encore s’approfondir.
Devant l’évidence de la catastrophe
Il y a ceux qui s’indignent et ceux qui prennent acte.
Ceux qui dénoncent et ceux qui s’organisent.
Nous sommes du coté de ceux qui s’organisent.(1)
Des formes d’organisation qui permettraient aux viveurs, encore en bonne santé dans cette société malade, de tisser des liens et des ramifications afin de constituer les prémices de la nouvelle société vivante qui ne cherche qu’à se libérer et s’émanciper… les prémices existent déjà, il ne reste plus qu’à les connecter. Notre tâche, avant tout, est de réunir ce qui a été artificiellement séparé, divisé…
Nous situons le point de renversement,
La sortie du désert,
La fin du Capital,
Dans l’intensité du lien
Que chacun parvient à établir entre ce qu’il vit et ce qu’il pense…
Nous partons de la certitude que ce lien
Dépend de la construction de mondes partagés,
De la mise en commun de moyens effectifs.(2)
Bordeaux est une ville morte… d’apparence.
En fait, grâce au contexte actuel, on s’aperçoit que Bordeaux est une ville qui regorge d’énergies. Mais, en même temps, que cette énergie se dissipe paradoxalement dans notre multitude. Comment se fait-il que nous soyons des dizaines de milliers dans les rues bordelaises pour défiler tristement et que… 3 h après, cette énergie se voit dispersée au carrefour d’une place qui mériterait plus le nom de Place de la Dispersion que Place de la Victoire ???
Ne serait-ce pas là justement un des symptômes de l’aliénation qu’exerce la société spectaculaire marchande sur les individus qui la constituent ?...De l’isolement surgit des foules solitaires et passives !!!
« Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images »…(3)
« L'origine du spectacle est la perte d'unité du monde, et l'expansion gigantesque du spectacle moderne exprime la totalité de cette perte…le spectacle n'est que le langage commun de cette séparation. Ce qui relie les spectateurs n'est qu'un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé »…(4)
« Le système économique fondé sur l'isolement est une production circulaire de l'isolement. L'isolement fonde la technique, et le processus technique isole en retour. De l'automobile à la télévision, tous les biens sélectionnés par le système spectaculaire sont aussi ses armes pour le renforcement constant des conditions d'isolement des foules solitaires »…(5)
« A mesure que la nécessité se trouve socialement rêvée, le rêve devient nécessaire. Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n'exprime finalement que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil… »(6)
Pourquoi n’utiliserions nous pas la hargne de nos revendications pour en faire le moteur de notre créativité ?
Pourquoi sommes-nous seulement contre, sans autre perspectives, sans désirs,… comme si la vie nous avait échappée depuis longtemps ???… depuis trop longtemps !!!
Pourquoi tous ces individus qui sont les forces vivantes de notre région, qu’ils soient dans des structures institutionnelles ou associatives (2500 associations en Gironde),… dans des collectifs, des coopératives ou des communautés,… dans les villes, les banlieues ou les campagnes,… dans des universités ou des usines,… dans les ANPE ou les ASSEDIC ,… dans la culture, le social, l’éducation ou la santé… qu’ils soient immigrés ou français,… logés, nomades ou sans-abri… ou qu’ils soient de simples électrons libres… POURQUOI et COMMENT n’arrivent-ils pas à se rassembler afin de s’organiser, pour construire ensemble un projet sur un territoire commun ???
Toutes ces différences, qui isolent chacun dans des statuts, des catégories, des stigmates, des classes sociales, des générations, entraînent finalement chez nous des incompréhensions, la peur de l’Autre,…ou encore, comme la définit si bien W.Reich, la « peste émotionnelle » ! (7)
Peut-être que tous ces individus, rassemblés dans des lieux communs et publics, pourraient s’unir après une prise de conscience de nos différences ?
En tout cas, c’est la seule manière de construire ensemble une unité, notre unité, par nous-même et non par des représentations extérieures à soi, imposées par la société dominante (médias de masse, partis politiques, syndicats réformistes,… ou encore assemblées générales diffusant unilatéralement l’information à travers un micro, imitant finalement la fausse communication dont se servent les organisations hiérarchiques).
« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation »…(8)
« L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L'extériorité du spectacle par rapport à l'homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. »(9)
En bref, les Assemblées Populaires pourraient nous permettre de se réapproprier nos codes, nos langages, nos cultures, nos représentations du Moi, du Nous et de notre Environnement. Là et seulement là, nous saurons orienter nos énergies pour une société vivante.
Organisons nous sous le précepte de la vie. Pas besoin de chercher le combat. Il aura lieu et ce n’est pas nous qui l’amèneront. Il n’est pas obligatoire de se confronter directement contre l’Etat. Créons l’organisation à côté pour l’émergence de la Vie.
Créons des espaces autonomes et libres. Les limites seront l’espace et le temps. Notre stratégie est l’invisibilité. Nous ne mourrons pas, nous disparaissons pour réapparaître ailleurs et à un autre moment, dans les fissures du système. Voilà notre stratégie politique ! Voilà notre stratégie individuelle et collective !
Je, Nous, exigeons de vivre sans compromis dans ces espaces autonomes que nous serons créér dans l’espace et le temps… et le temps nous en avons !...Du moins jusqu’à la mort… pour VIVRE, à l’extrême de la VIE et non pas de la SURVIE…
Il paraît que les Zones d’Autonomies Temporaires(10) (TAZ) fleurissent partout, dans le monde entier, à chaque instant de nos quotidiens morbides. Evidence de la Vie !… La Vie ne nous attend pas, elle est omniprésente, c’est nous qui la recherchons, désespérément…
Dommage pour ceux qui ne l’ont pas compris !!! On leur laissera le temps !
{ OnArrêteTouT }
(1) & (2) : extraits de L’APPEL
(3), (4), (5), (6), (8) & (9) : extraits de LA SOCIETE DU SPECTACLE de G.Debord
(7) : « peste émotionnelle » est un concept de W.REICH (cf. PSYCHOLOGIE DE MASSE DU FASCHISME)
(10) : « T.A.Z. » est un concept d’H.Bey (cf. TAZ et L’ART DU CHAOS) !
Le langage, c’est la créativité… pour une pensée vivante, vive le Copyleft !!! Ce texte l’est donc !
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